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Le maître d’œuvre est-il responsable des malfaçons ?

24
/
06
/
2026
par
Hélène Saunois
Chapitres

Des fissures apparaissent après la réception des travaux ? Des infiltrations se développent quelques mois après la fin du chantier ? Face à des malfaçons, les maîtres d'ouvrage se demandent souvent vers qui se tourner : l'entreprise ayant réalisé les travaux ou le maître d'œuvre chargé du suivi du chantier.

Si les entreprises de travaux sont généralement les premières responsables des désordres affectant un ouvrage, le maître d'œuvre peut également voir sa responsabilité engagée lorsqu'il a commis une faute dans ses missions de conception, de surveillance ou de conseil.

Contrairement à une idée répandue, le maître d'œuvre n'est donc pas systématiquement responsable des malfaçons. Toutefois, sa responsabilité peut être retenue dans de nombreuses situations. Il est essentiel de comprendre son rôle et les conditions dans lesquelles il peut être mis en cause.

Qu’est-ce qu’un maître d’œuvre ?

Le maître d’œuvre est le professionnel chargé de concevoir, organiser et superviser les travaux pour le compte du maître d’ouvrage (le client). Il peut s’agir d’un architecte, d’un bureau d’études ou d’un professionnel spécialisé.

Sa mission varie selon le contrat, mais elle comprend généralement :

• la conception du projet (plans, études techniques) ;

• la préparation du chantier (choix des entreprises, rédaction des documents techniques) ;

• le suivi de l’exécution des travaux ;

• l’assistance lors de la réception de l’ouvrage.

Il ne réalise généralement pas lui-même les travaux, lesquels sont exécutés par les entreprises intervenantes. Toutefois, son rôle de coordination, de surveillance et de conseil est central dans la réussite du projet.

Une responsabilité contractuelle bien encadrée

La responsabilité du maître d’œuvre est avant tout contractuelle. Elle repose sur le contrat de maîtrise d’œuvre signé avec le maître d’ouvrage.

Le maître d’œuvre est généralement tenu d’une obligation de moyens dans l’exécution de sa mission. Toutefois, cette obligation implique une vigilance particulière dans la conception du projet, la direction des travaux et le conseil apporté au maître d’ouvrage.

Même sans exécuter les travaux, sa responsabilité peut être engagée s’il commet une faute dans :

• la conception de l’ouvrage ;

• la direction ou la surveillance du chantier ;

• le conseil apporté au maître d’ouvrage.

Dans quels cas le maître d’œuvre est-il responsable des malfaçons ?

La responsabilité du maître d’œuvre est fréquemment retenue dans plusieurs situations.

Défaut de conception

La responsabilité du maître d’œuvre peut être engagée lorsque les plans sont erronés ou inadaptés au terrain, lorsqu'une étude technique est insuffisante ou lorsque certaines contraintes n'ont pas été correctement anticipées. Une erreur de conception peut directement être à l'origine des désordres constatés.

Défaut de surveillance du chantier

Le maître d’œuvre peut également être mis en cause lorsqu'il n'a pas détecté des malfaçons pourtant visibles ou lorsqu'il n'a pas réagi face à une exécution des travaux non conforme aux règles de l'art ou aux documents contractuels.

Manquement au devoir de conseil

Sa responsabilité peut également être retenue lorsqu'il n'alerte pas le maître d’ouvrage sur les risques liés à certaines solutions techniques, à l'utilisation de matériaux inadaptés ou à l'intervention d'entreprises manifestement défaillantes.

Dans ces différentes hypothèses, les juridictions considèrent que le maître d’œuvre a contribué à la survenance des désordres, même s'il n'a pas matériellement réalisé les travaux.

Les limites de sa responsabilité

La responsabilité du maître d’œuvre n’est pas automatique et connaît plusieurs limites.

D'abord, l'entreprise de travaux demeure responsable de la bonne exécution des ouvrages qu'elle réalise. Si les malfaçons résultent exclusivement d'une mauvaise exécution imputable à l'entreprise, la responsabilité du maître d’œuvre peut être écartée.

Ensuite, il est fréquent que les juridictions retiennent une responsabilité partagée entre le maître d’œuvre et les entreprises intervenantes. Les juges apprécient alors la part de responsabilité de chacun en fonction des fautes commises.

Enfin, certaines circonstances peuvent exonérer totalement ou partiellement le maître d’œuvre, notamment :

• une faute du maître d’ouvrage, par exemple lorsqu'il impose un choix malgré les réserves émises par le maître d’œuvre ;

• un événement relevant de la force majeure.

Le maître d’œuvre peut-il être responsable au titre de la garantie décennale ?

Au-delà de sa responsabilité contractuelle, le maître d’œuvre est considéré comme un constructeur au sens de l'article 1792 du Code civil. À ce titre, il peut être tenu responsable des désordres relevant de la garantie décennale.

Cette responsabilité peut être engagée lorsque les malfaçons compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination.

Contrairement à la responsabilité contractuelle, il n'est alors pas nécessaire de démontrer une faute du maître d’œuvre. La seule réunion des conditions de la garantie décennale suffit à engager sa responsabilité.

Ainsi, un maître d’œuvre ayant participé à la conception ou au suivi d'un chantier pourra être condamné aux côtés des entreprises intervenantes lorsque les désordres présentent un caractère décennal.

Quelles garanties peuvent être mobilisées ?

Plusieurs régimes de responsabilité peuvent être invoqués à l'encontre du maître d’œuvre.

La garantie décennale s'applique lorsque les malfaçons compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Elle couvre les désordres les plus graves pendant dix ans à compter de la réception des travaux.

Pour les désordres ne présentant pas un caractère décennal, la responsabilité contractuelle de droit commun du maître d’œuvre peut être engagée sous réserve de démontrer une faute dans l'exécution de sa mission.

Le maître d’œuvre est par ailleurs tenu de souscrire une assurance de responsabilité civile professionnelle et, lorsqu'il intervient dans le champ de la responsabilité décennale, une assurance décennale. Ces assurances permettent l'indemnisation des préjudices subis.

Que faire en cas de malfaçons impliquant un maître d’œuvre ?

En présence de désordres, il est généralement recommandé de privilégier dans un premier temps une démarche amiable, notamment par l'envoi d'une mise en demeure ou l'organisation d'une expertise amiable.

En l'absence d'accord, une procédure judiciaire peut être engagée.

Dans la majorité des litiges de construction, l'expertise judiciaire constitue une étape essentielle. Le juge désigne alors un expert chargé d'identifier les désordres, d'en rechercher les causes, d'évaluer le coût des travaux de reprise et de déterminer les responsabilités des différents intervenants à l'opération de construction.

L'assistance d'un avocat en droit de la construction est alors particulièrement utile pour :

• identifier les responsabilités ;

• mobiliser les garanties applicables ;

• suivre les opérations d'expertise ;

• obtenir l'indemnisation intégrale des préjudices subis.

Conclusion

Chaque dossier de construction est spécifique. L'identification des responsables dépend de la nature des désordres, des missions confiées au maître d’œuvre et des conditions d'exécution du chantier.

En cas de malfaçons, il est recommandé d'agir rapidement afin de préserver les preuves et les recours disponibles. Un avocat en droit de la construction pourra vous accompagner dans l'analyse du dossier, la mise en œuvre d'une expertise et l'obtention d'une indemnisation adaptée.

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